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#991095 ·published 2008-04-20 18:43 UTC
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Instructions pour le travail comparatif 
Le but du travail comparatif se décline ainsi : 
1) Premièrement, me démontrer que vous avez bien compris les conceptions de l’être 
humain que nous avons vu jusqu’à présent en retrouvant dans certains textes la 
preuve que ce sont des textes de telle ou telle conception de l’être humain. 
2) Deuxièmement, comparer deux textes sur un même thème. 
Concrètement, cela signifie que vous devez prendre un texte « libéraliste » et un texte 
« existentialiste » portant sur le même thème, me prouver que ce sont des textes 
libéraliste et existentialiste et comparer leur conception respective d’un même thème par 
le biais des textes (ex : le travail selon A. Smith vs. le travail selon Sartre). 
Ce travail se divisera donc ainsi : 
Introduction :  
Dans l’introduction, il devra y avoir les éléments habituels : Sujet amené, sujet posé et 
sujet divisé. 
Développement : 
Le développement sera composé de 3 paragraphes. Dans les deux premiers, vous devez 
prendre successivement un texte « libéral » et un texte existentialiste sur un même thème 
(ex : « société ») et me démontrer que ces textes sont bel et bien représentatifs de ces 
conceptions de l’être humain. La structure de ces deux paragraphes est la même que dans 
vos dissertations pour le cours de français (idée principale, idées secondaires, explication, 
etc.). Vous devez vous servir d’
au moins 2 citations par texte
 pour illustrer qu’il s’agit 
de textes appartenant au libéralisme et à l’existentialisme.  
Une fois ces deux paragraphes écrits, vous devrez maintenant comparer leur conception 
du thème choisi. Dans ce troisième paragraphe, vous devrez d’abord faire ressortir les 
conceptions libérale et existentialiste de ce thème (par exemple, que dit le texte libéral sur 
la femme? Et qu’en dit le texte existentialiste?). Ensuite, vous devez comparer celles-ci, 
en discutant les similitudes et les différences que vous retrouvez dans ces deux textes à 
leur sujet. (ex : quelles sont les différences et les similitudes entre comment libéralisme 
conçoit la liberté dans le texte de John Stuart Mill et ce qu’en dit l’existentialisme sartrien 
dans l’Être et le Néant?). 
Conclusion : 
Finalement, dans la conclusion, vous devez brièvement résumer le développement, et 
faire une « ouverture » à la toute fin. 
Voilà. 


///

Le libéralisme 
En gros, on peut distinguer deux tendances principales à l'intérieur du courant appelé 
« libéralisme »: un libéralisme « politique » et un libéralisme « économique ». Alors que l'un se 
soucie davantage des limites au pouvoir politique, l'autre tente plutôt de trouver les lois 
inhérentes au commerce dans la société civile. Nous aborderons tout d'abord le premier. 
Le libéralisme politique: John Locke 
John Locke est un philosophe né en 1632 près de Bristol en Angleterre. Il est couramment 
considéré le « père » du libéralisme. Bien que certaines tendances propres au libéralisme aient 
déjà fait leur apparition auparavant, Locke lui donne une première formulation cohérente qui 
pose la base de tout le libéralisme.  
Pour comprendre sa philosophie politique, il est cependant essentiel de la replacer dans son 
contexte historique.  
Locke a vécu les deux grandes révolutions de l’Angleterre. En 1649 d’abord, le roi est décapité 
et une république (le Commonwealth of England) remplace la monarchie. La monarchie est 
restaurée en 1660 mais en 1688, la monarchie est finalement dépouillée de tout moyen 
d’accaparer le pouvoir : la monarchie absolue est résolument abolie et est remplacée par une 
monarchie constitutionnelle et parlementaire. Ces évènements s’inscrivent dans le long processus 
au cours duquel les gouvernements d’Europe seront soumis à la critique, ou la résistance de la 
société civile : le pouvoir du roi est conditionnel et révocable, il peut être 
illégitime
.  
C’est dans ce cadre que Locke s’interroge sur la nature et l’origine du gouvernement civil. 
Autrement dit, sous quelle conditions les citoyens se doivent-ils d’obéir au pouvoir politique? Ou 
encore, quelles sont les limites du pouvoir? 
Pour ce faire, Locke a recourt à une stratégie argumentative déjà employée avant lui par Hobbes 
et après lui par Rousseau : le retour en pensée à un certain « 
état de nature
 ». Si on juge 
adéquatement de l’état de l’être humain dans la nature, avant la constitution d’une société civile, 
on sera aussi en mesure de juger de l’origine et du but de l’institution d’un pouvoir politique.  
Voici comment se dessine cet état de nature chez Locke : 
Dans l’état de nature, les hommes sont libres et égaux. Libre pourquoi? Parce que personne n’est 
soumis aux autres. Il n’y a ni loi, ni tribunal, ni esclavage. Donc, personne n’est en mesure 
d’imposer sa domination à autrui. Par conséquent, les hommes ne sont pas uniquement libres 
mais également égaux, car personne n’est assujetti aux autres.  
Mais cette liberté n’est pas la liberté de faire n’importe quoi, n’importe quand, à n’importe qui. 
Par nature, l’homme possède une faculté que n’ont pas les autres animaux : la raison. C’est dans 
sa raison qu’il trouve les règles qu’il doit suivre par nature, ce que Locke appelle les « lois de la 
nature ». Les hommes ne peuvent donc pas faire tout ce qu’ils désirent. Ils ont le devoir de : 
-
Conserver leur propre vie 
-
Respecter la vie, la liberté, les biens d’autrui 
-
S’efforcer de mener une vie paisible (la seule violence qu’elle autorise est l’autodéfense) 
-
Respecter la parole donnée, les contrats 
Ces droits sont inaliénables, c'est-à-dire qu’ils ne peuvent être transférés, vendus ou abandonnés 
(même volontairement). Cela veut dire que par nature, les hommes ont droit à la propriété 
(l’appropriation personnelle de biens) et à l’échange (régi par des promesses et contrats).  
Sur quoi se fonde la propriété? C’est le travail qui justifie la propriété privé : celui qui mélange 
sa sueur à la terre, qui dépense de l’énergie pour produire, entretenir ou récolter des biens a un 
droit naturel à la jouissance exclusive de celle-ci. On voit que déjà dans la nature, les hommes 
détiennent des biens auxquels ils ont droits, et peuvent les échanger contre d’autres biens (c’est 
déjà tout le système économique ultérieur qui est anticipé chez Locke..). 
Mais si les hommes se portent déjà très bien dans l’état de nature, et les droits de tous et chacun 
sont respectés par tous, pour quelle raison émergerait un pouvoir politique « supplémentaire »?  
Pour Hobbes, la justification de l’état civil venait de la guerre de tous contre tous. En effet, pour 
lui, l’homme n’est pas paisible par nature, mais plutôt un loup pour les autres hommes : chacun 
cherche son intérêt personnel, et donc tous vivent dans la crainte de se faire dérober sa vie ou ses 
biens. Donc, pour Hobbes, le pouvoir politique tient son origine de l’égoïsme naturel de 
l’homme, c’est un « pis aller », une légère amélioration par rapport à l’état de nature. Même si le 
pouvoir est absolu et peut abuser, au moins il assure une certaine sécurité/stabilité.  
Pour Locke, cette justification est différente. Dans l’état de nature, les hommes se conduisent 
selon leur raison, et on légitimement recourt à la force quand leurs biens sont menacés, ce qui 
rééquilibre l’ordre naturel. Par contre, l’homme étant un être de passion, il arrive parfois que 
sous le coup de l’injustice, l’homme dépasse les limites d’une punition juste. Bref, l’homme tend 
à s’emporter et réagir exagérément. Ces écarts mènent parfois à l’état de guerre (par la 
surenchère de punitions, vendettas, etc.), qui est la pire situation pour l’être humain (là-dessus, 
Locke s’accorde avec Hobbes). Selon Locke, l’homme a été assez intelligent et rationnel pour 
admettre la nécessité d’un arbitre, d’un tiers parti qui saura trancher les conflits entre les 
hommes. Ils se sont par conséquent assemblés en société civile et ont institué le pouvoir politique 
pour palier ces problèmes potentiels. Ainsi, les hommes abdiquent leur droit naturel à se faire 
justice eux-mêmes et confient ce pouvoir à une institution neutre : ce sera le tribunal. 
Donc, alors que pour Hobbes le pouvoir politique a comme tâche principale de préserver la paix 
sociale en étouffant toute guerre civile, pour Locke la tâche principale du gouvernement consiste 
à garantir les droits naturels de l’homme, assurer leur respect le plus impartialement possible. 
C’est ainsi que naît le Magistrat, ou autorité politique (constitué pour Locke de deux 
« branches », à savoir, le législatif, chargé d’énoncer des lois écrites, et l’exécutif, chargé de 
veiller à ce que ces lois soient appliquées et respectées). 
Cette « naissance » se fait en deux temps, ce qui est très important. Dans un premier temps, les 
hommes s’assemblent et décident de constituer la société civile : c’est le moment « constitutif ». 
Avant même qu’une autorité soit désignée, qu’un chef ou un roi soit mis en place, la société 
civile doit se former, il faut qu’un « contrat » (explicite ou implicite) soit passé entre les hommes 
pour s’entendre sur les termes de cette association. 
Ce n’est qu’ensuite que cette société civile nouvellement formée se soumet à une autorité 
légitime. Autrement dit, la société civile est antérieure à l’autorité politique, ce qui signifie que 
cette dernière est révocable, même si la première reste intacte. Donc, Locke admet un droit à la 
résistance, à la contestation contre un pouvoir devenu illégitime. Tant que la confiance règne 
entre la société et le pouvoir, tant que le pouvoir se soumet aux conditions émises par la société 
civile et ne glisse pas dans la tyrannie, les citoyens obéissent à bon droit.  
Cette soumission au pouvoir politique n’est donc jamais totale (alors que pour Hobbes elle 
l’était), elle est toujours révocable : nous gardons toujours nos droits naturels.  
On se demande également à l’époque le rôle des États en contexte de conflits religieux. Alors 
que saint Augustin (philosophe/théologien chrétien du 4e -5e siècle) prônait la subordination du 
politique au religieux et Machiavel (philosophe politique du 15e -16e siècle) l’utilisation par le 
roi de la religion à des fins politiques, Locke formule un principe central du libéralisme, que 
soutiendront également ses successeurs : l’État et l’Église doivent être strictement séparés. Alors 
que l’État s’occupe de la vie « extérieure » des citoyens, c’est-à-dire les actions de ceux-ci entre 
eux, l’Église s’occupe plutôt de la vie « intérieure ». Ils ont chacun leur domaine propre, et ils 
n’ont aucune prétention légitime à commander l’autre. L’État ne doit pas interférer avec une 
Église, ou en favoriser une autre, mais, en sens inverse, les citoyens doivent respecter les lois de 
l’État, même si leur croyance leur dicterait un autre comportement. 
Bref, Locke promeut la tolérance religieuse, il confine la vie intime religieuse à la vie privée.  
Quelles leçons tirer pour caractériser le libéralisme? 
Tout d’abord, il est primordial de souligner l’accent mis sur l’individu, sur ses désirs, ses 
besoins, sa propriété. Bref, sur sa liberté. Ces deux termes commencent à prendre une importance 
qu’ils n’avaient jamais eu, et esquissent les contours d’une vision du monde originale. Ce sont 
des idées qui n’auraient pas même pu être pensées dans l’antiquité grecque ou dans l’empire 
romain. 
La liberté n’est plus le destin grec de la tragédie grecque, ni la liberté chrétienne du péché 
originel (c’est-à-dire de pourvoir refuser la grâce de la foi) : elle est la liberté au sens moderne de 
mener la vie qu’on veut, de croire ce qu’on veut, liberté limitée uniquement par les autres 
hommes. En accord avec Hobbes, Locke pense la société à partir de l’individu, mais chez Locke, 
l’autorité est révocable : l’homme reste, même dans la société civile, pleinement libre et peut 
donc remettre en question l’autorité. On a d’ailleurs appelé le libéralisme le « gouvernement de 
la liberté ». 
Dans un tel cadre, l’État est là pour régler les rapports d’échange et protéger la propriété privée, 
deux droits tout à fait naturels pour Locke : il n’a pas d’autre rôle que de garantir les rapports 
spontanés entre les membres de la société et arbitrer les conflits. Si son action dépasse ces 
conditions strictes, il devient illégitime et peut être renversé. 
C’est cette conception de l’homme et du monde qui fournit la clé pour bien comprendre l’optique 
dans laquelle furent écrites les constitutions des États européens et américains depuis plus de 300 
ans : un simple coup d’œil au « Bill of rights » anglais de 1688, à la constitution américaine de 
1787 ou même à la constitution canadienne de 1982 (voir le power point) suffit pour s’en 
convaincre. L’optique reste toujours la même : protéger les droits des individus d’abord et avant 
tout, et s’assurer que le pouvoir ne soit monopolisé par personne (par exemple, en divisant les 
pouvoirs en législatif (Parlements), exécutif (ex : cabinet de ministres) et judiciaire (ex : la Cour 
Suprême du Canada). L’esprit des constitutions modernes est vastement libéral, et cette façon de 
voir le monde est encore monnaie courante… 
Le libéralisme économique 
Le premier grand représentant du libéralisme économique est Adam Smith. 
Qui était Adam Smith? 
Quelques repères biographiques: 

né le 5 juin 1723 à Kirkcaldy en Écosse 

Adam Smith part étudier à Glasgow à l’âge de 14 ans et y reste de 1737 à 1740. 

Smith obtient à l’âge de vingt-sept ans la chaire de logique à l’université de Glasgow et 
plus tard celle de philosophie morale  

En 1759, publie la 
Théorie des sentiments moraux
. 

De 1764 à 1766, voyage en Europe comme tuteur d’un jeune Duc. Rencontre Voltaire et 
les physiocrates  

1766: Il revient en Écosse et commence à rédiger 
Recherche sur la nature et les causes 
de la richesse des nations
, qu’il publie finalement en 1776 

Jusqu’à la fin de sa vie,  est tour à tour commissaire aux douanes à Édimbourg, vie seul 
avec sa mère, et devient même recteur de l’Université de Glasgow 

Smith meurt le 17 juillet 1790 à l’âge de soixante-sept ans 
L'oeuvre qui nous intéresse ici est la 
Recherche sur la nature et les causes de la richesse des 
nations
, ou, pour faire plus court, 
La richesse des nations
. En effet, au contact des physiocrates 
en France, Smith s'intéresse de plus en plus à la source de la richesse des nations, et y consacre 
son oeuvre principale. Cette oeuvre, est absolument capitale dans l'histoire de la science 
économique.  Bien qu'empruntant énormément à ses prédécesseurs et contemporains, ce livre est 
le premier traité systématique et cohérent sur l'économie. Il s'attaque d'abord et avant tout à deux 
cibles: les physiocrates et les mercantiliste (autre école de pensée économique). 
Qu'en est-il de son contenu? 
Adam Smith commence par s'émerveiller de l'abondance des richesses à son époque. Même 
l'ouvrier le plus modeste jouit de biens dont un roi africain de -10000 avant Jésus-Christ n'avait 
aucune idée. C'est là qu'est la véritable richesse selon Smith: dans la production d'objets, d'outils, 
de biens de consommation. Contrairement aux mercantilistes, qui croyaient trouver la source de 
la richesse dans les métaux précieux, et aux physiocrates, qui croyaient que la seule véritable 
source de richesse était l'agriculture, Smith croit plutôt qu'elle réside dans la production humaine 
sous toutes ses formes.  
D'après Smith, si l'ouvrier du 18e siècle a autant de richesses, c'est à cause de la division du 
travail. Smith observe par exemple une fabrique d'épingle. Dans cette fabrique, où seulement 10 
employés travaillent, on produit quotidiennement des milliers d'épingle. Par contre, si chacun des 
employés devaient produire individuellement leurs épingles, ils ne produiraient sans doute pas 
plus d'une épingle par jour! C'est la division du travail qui permet un gain de productivité aussi 
impressionnant. Au lieu d'individuellement faire les 17-18 opérations différentes nécessaires 
pour produire une épingle, chacun n'est, dans cette fabrique, responsable que d'une ou deux 
opérations. Plus le travail est divisé en opérations simples, plus les travailleurs sont efficaces.  
En effet, la division du travail permet trois gains importants: 
1.
Accroissement de l'habileté 
2.
Diminution ou élimination du temps de transition 
3.
Inventivité accrue 
1. Accroissement de l'habileté 
Si chaque personne ne fait qu'une ou deux opérations de la confection d'un objet, il deviendra 
rapidement très habile pour les exécuter. Par exemple, s'il n'y a pas de division du travail et que 
chaque personne doit être à la fois boulanger, boucher, fermier, tisserand, éleveurs, etc., il ne 
deviendra jamais maître d'aucun de ces métiers. Par contre, si chaque villageois n'est chargé que 
d'un métier, chacun deviendra beaucoup plus habile à faire son travail.  
2. Diminution du temps de transition 
Dans la production de la plupart des choses, il y plusieurs étapes, plusieurs opérations qui 
demandent des instruments différents, une attention différente, des gestes différents. Si quelqu'un 
doit confectionner des habits à partir de la laine de ses moutons, celui-ci perdra beaucoup de 
temps à changer d'un type d'exercice à l'autre (des moutons au métier à tisser, du métier à tisser à 
la machine à coudre, de la machine à coudre au mannequin, etc.). De plus, ayant à changer 
d'opération constamment dans sa journée, celui-ci ne sera jamais vraiment bien concentré dans 
aucune. Bref, sans division du travail, on perd énormément de temps. Par contre, si chacun reste 
à sa position dans la chaîne d'opération, on coupe tout ses temps morts, et on peut par conséquent 
faire plus, en moins de temps. 
3. Inventivité accrue 
Dans une fabrique où le travail est divisé, chacun connaissant excessivement bien son travail, 
chacun est plus à même d'inventer des machines, des mécanismes pour accélérer son ouvrage. De 
plus, si la division du travail est assez avancée, on peut même avoir des employés dont la seule 
tâche est d'inventer, et donc de nouvelles trouvailles sont élaborées plus rapidement. 
Qu'est-ce qui a permis cette magnifique division du travail, responsable de notre enrichissement 
à tous? C'est le penchant naturel de l'homme à échanger qui en est la cause. Sans échange, 
aucune division du travail n'est possible. Si je n'échange pas et ne produit que du pain, je vais 
mourir bien assez vite. Par contre, si je peux échanger mon excédent de pain contre de la viande 
et des légumes, alors je pourrai me consacrer entièrement à la boulangerie.  
De plus, plus l'échange est étendu, plus le marché est grand, plus le travail peut être divisé. Un 
village où n'habitent que 50 habitants ne peut avoir un éleveur de mouton, un producteur de 
patate, un producteur de chou, un producteur de blé, etc. Chacun devra être en charge de plus 
d'opération, la division du travail ne sera pas très développée.  
Mais pour échanger des objets entre eux, on doit pouvoir leur trouver un dénominateur commun, 
une mesure d'équivalence entre les choses. Bref, on doit pouvoir fixer une 
valeur
 aux choses. Le 
terme \"valeur\" lui-même a deux sens. Un objet a de la valeur dans la mesure où il a une utilité 
pour moi, on parle ainsi de la 
valeur d'usage
. Par exemple, l'eau et l'air ont une grande valeur 
d'usage. Mais on parle de valeur aussi dans le sens de ce que l'objet vaut par rapport aux autres 
objets, c'est ce qui va déterminer combien d'objet X je pourrai échanger contre l'objet Y: on parle 
de la 
valeur d'échange
. Par exemple, une patate peut valoir deux carottes. Ces deux sens de 
\"valeur\" sont donc très différents: l'eau a une valeur d'usage très élevée, mais une valeur 
d'échange presque nulle, et inversement, un diamant a très peu de valeur d'usage, mais une très 
grande valeur d'échange. 
Ce qui nous importe ici est la valeur d'échange. Comment la détermine-t-on? Comme nous le 
disions, on doit pouvoir trouver une mesure commune aux choses. Ce \"quelque chose\" de 
commun, c'est le 
travail
. En effet, c'est la seule chose qui me permet de comparer une cuillère et 
une pastèque: les deux objets ont pris un certain temps à produire, un certain effort. La valeur 
d'un objet (on parle toujours de la valeur d'échange) est donc proportionnelle au travail qui y est 
\"incorporé\". Par exemple, si chasser un castor prend 4h, alors qu’il faut 8h pour chasser un 
orignal, mon castor vaudra la moitié d’un orignal. Cela se complique avec les biens qui sont plus 
transformés qu’un castor, mais le principe reste le même : ce n’est que le calcul qui devient plus 
complexe. Par exemple, là où le marché est très développé, et où il existe des fabriques et des 
investisseurs, il faut calculer dans la valeur réelle de la chose la rente (soit la somme due au 
propriétaire pour l’usage de ses biens – comme sa terre ou son immeuble, par exemple), le travail 
qui y est incorporé (incluant les matériaux utilisés) et un profit, le « salaire » du commerçant.  
Comme la comparaison des heures de travail est plutôt impraticable à plus grande échelle, de 
même que le « trimballement » de marchandise à gauche et à droite, on a inventé la monnaie, 
qui, en plus d’être portable facilement, rend les échanges plus faciles : on n’a qu’à construire un 
marché public au milieu du village, où chacun échange sa production contre de l’argent, pour 
ensuite échanger son argent contre d’autres denrées. Bien que divers objets ont été utilisés 
comme monnaie dans l’histoire humaine, on s’est rendu compte un jour que les métaux précieux 
faisaient de très bonnes monnaies, d’où l’utilisation d’or, d’argent, de cuivre, etc. pour médier les 
échanges. 
Pourtant, il ne faut pas confondre la valeur 
réelle ou naturelle
 (ou prix réel/naturel) avec sa 
valeur en argent
. Selon les circonstances, un objet ayant une certaine « vraie » valeur (sa valeur 
en temps de travail accumulé et concrétisé dans un objet) peut être échangé à un prix inférieur ou 
supérieur à celle-ci. Sa valeur en argent est appelée sa valeur « 
nominale
 ». Si il y a un surplus 
de biens d’une certaine sorte – par exemple, des poitrines de poulet – par rapport au nombre que 
les gens sont prêts à acheter au prix réel, le marchand n’aura d’autre choix que de réduire le prix 
de celles-ci pour les écouler, même si c’est en dessous du prix réel. Si par contre il manque de 
poitrines de poulet pour le nombre d’acheteurs prêts à payer le prix réel, le marchand pourra 
augmenter le prix nominal de celles-ci, car certaines personnes se montreront très certainement 
prêts à débourser un montant supérieur pour ne pas se priver de poitrine de poulet. Donc, selon le 
jeu d’offre (le nombre de biens offerts par les marchands) et de demande (le nombre de biens que 
sont prêts à acheter les consommateurs), le prix nominal peut varier. C’est la « loi de l’offre et de 
la demande » mais ce n’est qu’un siècle plus tard qu’on lui donnera ce nom. 
Mais comme un prix nominal trop élevé procure un grand profit pour le producteur de poitrine de 
poulet, le nombre de concurrent risque d’augmenter. Stimulé par la perspective de profit, 
certaines personnes se tourneront vers le marché de la poitrine de poulet pour profiter eux aussi 
de cette belle occasion d’affaire. Si par contre le nombre de poitrine de poulet augmente trop, le 
profit de tous les producteurs de poitrine de poulet sera très réduit, sinon inexistant, et donc 
certains se retireront. Le marché de la poitrine de poulet tendra donc à s’équilibrer, et donc le 
prix restera près de la valeur réelle, grâce à la concurrence. Mais inversement, les producteurs 
seront eux aussi contents car ils retireront quand même un profit (même s’il n’est pas aussi 
faramineux qu’au départ). Smith dit qu’ainsi, par le jeu du marché (appelé plus tard « la main 
invisible du marché »), le prix nominal tend à graviter autour du prix réel : « Le prix naturel est 
donc, pour ainsi dire, le point central vers lequel gravitent continuellement les prix de toutes les 
marchandises ».  
Selon lui, si tout le monde veille à son intérêt égoïste (les consommateurs essayant d’avoir le 
prix le plus bas, et les producteurs le prix le plus haut), l’intérêt de tous sera favorisé : ni les 
consommateurs, ni les producteurs ne sont perdants. Donc, une économie de marché (où chacun 
tente de favoriser au maximum son propre intérêt) laissée à elle-même donne un prix juste, qui 
est bon pour tout le monde. Au contraire, si un secteur de l’économie est monopolisé (où il n’y a 
qu’un agent économique), les prix seront les plus possibles. Citation :  
Le prix de monopole est, à tous les moments, le plus haut qui soit possible de retirer. Le 
prix naturel ou le prix résultant de la libre concurrence est, au contraire, le plus bas qu’on 
puisse accepter, non à pas à la vérité à tous les moments, mais dans l’ensemble pour un 
temps un peu considérable. L’un est, à tous les moments le plus haut qu’on suppose 
qu’ils consentiront à donner; l’autre est le plus bas dont les vendeurs puissent 
généralement se contenter, pour pouvoir en même temps continuer leur commerce. […] 
En d’autres termes, à long terme, une économie soumise uniquement au simple mécanisme de 
l’offre et de la demande donne les meilleurs résultats possibles pour tous. 
Par rapport à ce beau mécanisme, les États ne peuvent que jouer les trouble-fêtes. Smith observe 
à son époque que les États d’Europe ont une influence négative sur l’économie. Pour Smith, il est 
clair que l’État ne peut que nuire au jeu de l’offre et la demande, et ne devrait par conséquent pas 
jouer de rôle dans l’économie. Dans ce contexte, Smith fixe les responsabilités de l’État aux trois 
rôles suivant : 
protéger la société contre toute violence intérieure ou extérieure,  
protéger tous les membres de la société contre l’injustice ou l’oppression causée par un 
autre membre,  
fournir des infrastructures et des institutions publiques, qui sont bénéfiques à la société, 
mais qu’un entrepreneur privé ne peut pas financer lui-même profitablement.  
Autrement dit, l’État se doit de protéger l’ordre spontané de l’économie et non s’ingérer dans 
celui-ci. Il doit instituer une police et une armée quand cela est nécessaire, pour préserver la 
sécurité dans la société (ce qui nuit au commerce). Il doit pouvoir réparer les injustices, donc 
instituer un tribunal et des lois. Finalement, il doit fournir des biens que l’entreprise privée ne 
peut fournir efficacement ou profitablement, comme dans le cas de l’éducation publique ou des 
routes.  
Encore une fois, l’accent est mis sur les 
limitations
 du pouvoir : l’État agit bien quand il n’agit 
justement pas (c’est la doctrine qu’on appelle du « laisser-aller »). Voilà ce qui est commun à 
tout libéralisme. L’ordre social se porte bien par lui-même, et l’État ne fait que fournir des 
garanties à celui-ci. Si l’État a un rôle actif, que ce soit politiquement envers les citoyens 
(invasion de leur sphère privée, comme par exemple policer les mœurs) ou économiquement 
envers les investisseurs ou travailleurs (monopoles d’État, subventions, favoritisme national, 
etc.), il outrepasse son mandat de base : il devient illégitime. Donc, on doit absolument protéger 
l’individu (en tant que citoyen, travailleur ou consommateur) contre la potentielle action du 
gouvernement.  
On peut par conséquent tirer les caractéristiques suivantes du libéralisme en général : 
-
Un accent très prononcé sur l’individu : tout part des individus, et l’ordre social n’est 
envisagé qu’à partir de ceux-ci. 
-
La liberté se réalise : les hommes sont libres par nature (c'est-à-dire faire se qu’ils veulent 
à l’intérieur de certaines limites seulement), et l’État n’est là que pour l’aider à se réaliser 
pleinement. Pareillement, dans l’économie, plus le marché s’étend, plus la division du 
travail progresse, plus les hommes sont libres puisqu’ils peuvent ainsi faire le métier 
qu’ils veulent et non plus seulement faire comme leurs parents.  
-
Un ordre social spontané : l’État n’a nul besoin d’essayer d’harmoniser activement la 
société, celle-ci s’organise déjà toute seule. 
-
La « naturalité » : c’est par nature que l’être humain a une propriété et peut l’échanger, 
par conséquent, l’économie de marché est naturelle aussi. Seul l’État et ses institutions 
(tribunaux, parlements, etc.) sont « artificiels », mais ne sont là que pour préserver ce qui 
est déjà là.